Elles s’appellent Elena, Maria, Ioana, Dana et Ana. Cinq prénoms simples, roumains, que je porte dans mon cœur comme autant de repères dans le temps et dans la vie. Cinq femmes, présentes ou absentes, mais toujours là, quelque part en moi. Ma mère, ma grand-mère, ma sœur, ma tante et ma nièce. Elles m’ont transmis la douceur, la force, parfois aussi les silences. Elles ont, chacune à leur manière, donné du sens à mon chemin. Et c’est à travers la broderie, mon moyen d’expression, que j’ai choisi de leur rendre hommage.
Cette série de cinq broderies représentent des silhouettes de femmes de dos, dans une posture douce et discrète. Leurs coiffures, des tresses et des chignons, sont brodées en volume, comme si elles allaient bouger au moindre souffle. Leurs blouses sont fleuries, très féminines. Il ne s’agit pas de portraits ressemblants, mais d’évocations. De gestes d’amour.



Chaque broderie est encadrée dans une caisse américaine, technique d’encadrement qui permet d’exposer les œuvres sur châssis en les mettant en valeur grâce à un effet de « flottement », et qui n’implique pas l’utilisation du verre. Je voulais qu’il n’y ait rien entre les fils et le regard, que la broderie respire, qu’on sente la texture, qu’on ait presque envie de tendre la main. Au dos, chaque cadre porte le titre, la date, ma signature.



Ce projet est un travail à charge affective, personnelle et artistique. C’est une manière de fixer leur présence à ma manière, point après point. Les broder, c’était les retrouver un peu. Les nommer, c’était les faire exister ailleurs que dans ma mémoire. J’ai voulu que leurs prénoms soient écrits quelque part où ils resteraient. Pas dans un album fermé, mais dans une œuvre ouverte.
C’est un projet très personnel, mais je crois qu’il parlera à d’autres. Parce que chacun.e de nous porte des prénoms dans le cœur.



